0 5 minutes 1 mois

Après un exode de deux ans et demi au stade de Montjuïc, les Blaugranas ont réintégré un Camp Nou en pleine métamorphose. Entre ferveur identitaire, hommages historiques et grues de chantier, récit d’une soirée où le cœur de la Catalogne a recommencé à battre.

À cinq minutes du coup d’envoi, les 45 000 spectateurs autorisés ont déjà pris place. Le stade affiche complet, dans la jauge définie par les travaux encore en cours. Qu’importe la poussière de béton ou les grues monumentales qui surplombent encore le terrain, personne ne voulait manquer ce moment : le retour du FC Barcelone au Camp Nou, 909 jours après le dernier match disputé dans son enceinte mythique. Plus de deux ans d’attente, d’exil et d’impatience pour les socios.

Juste avant l’entrée des joueurs, les lumières s’adoucissent et le silence s’installe. Puis vient El Cant del Barça (le chant célébré par les socios avant chaque match). Repris à l’unisson dès le début de la rencontre, le chant donne le ton. Hommages, célébrations, animations et quelques effets pyrotechniques accompagnent ce retour longtemps espéré. Tout a été pensé pour faire de ce match une fête, mais surtout une retrouvaille.

Més que un estadio

Le Camp Nou n’est pas un stade comme les autres. Dans l’imaginaire collectif, il dépasse largement sa fonction sportive. « Més que un club » (plus qu’un club), disait Narcís de Carreras, président du Barça à la fin des années 1960. Ici, l’expression pourrait devenir : « més que un estadio » (plus qu’un stade). Le Camp Nou est un symbole. Celui d’une région, d’une identité, et d’un engagement politique assumé.

Dans les années 1960, sous la dictature franquiste, il devient un lieu de revendication pour les socios. Les succès du FC Barcelone, mettant fin à l’hégémonie du Real Madrid, club associé au pouvoir central et au dictateur Francisco Franco,  résonnent comme une forme de résistance. Le stade incarne alors une opposition silencieuse mais déterminée où chaque victoire était vécue comme un acte de résistance contre la répression. Aujourd’hui encore, les résurgences de l’indépendantisme catalan rappellent que le Camp Nou reste le théâtre de ses revendications les plus profondes. 

Indissociable de l’histoire du club, le stade n’en demeurait pas moins vieillissant. L’idée de le quitter définitivement n’a jamais vraiment été envisagée. La rénovation, lancée en 2023, visait à moderniser l’enceinte sans renier son héritage.

Un retour encore inachevé

Après 909 jours loin de chez eux, une éternité pour les supporters comme pour les joueurs, les Blaugranas ont retrouvé leur antre. Pendant deux ans et demi, le club a vécu en exil au stade de Montjuïc, trop éloigné, trop neutre, pour incarner l’âme du Barça. Si le stade olympique a servi de refuge digne, il n’a jamais possédé cette ferveur qui fait du Camp Nou l’un des antres les plus prestigieux du football mondial.

Ce retour se fait toutefois dans un Camp Nou encore en transition. Si la partie basse accueille à nouveau les fidèles dans une ambiance de fête, la partie haute reste un chantier à ciel ouvert. Les tribunes supérieures sont dominées par d’imposantes grues qui surplombent la pelouse. La jauge est provisoirement limitée à 45 000 places, bien loin des 105 000 spectateurs attendus une fois les travaux achevés.

Mais peu importe. Ce soir-là, l’essentiel était ailleurs. Le Barça est de retour chez lui. Et même inachevé, le Camp Nou n’a rien perdu de sa voix.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *